Et la science derrière la biodynamie ?  

Un point sur la méthode scientifique

Avant de s'intéresser à la science derrière la biodynamie, quelques considérations me semblent importantes.

Jamais je ne remettrai en question l’honnêteté des agriculteurs en biodynamie qui affirment que toutes les allégations de ce type d'agriculture sont vraies.
Après tout, ce sont eux qui vérifient in situ dans les champs, sur les cultures, l’efficacité des traitements qu’ils appliquent.

Mais notre cerveau et notre raisonnement rationnel sont loin d’être parfaits et il est très facile de les duper sans que l’on s’en rende compte.
De nombreux biais cognitifs existent et il est possible qu’ici une combinaison de ces biais entre en jeu.

  • Le plus connu et non des moindres est le biais de confirmation : on va avoir tendance à privilégier les informations allant dans notre sens (c.-à-d. dans le sens de nos croyances).
  • L’effet cigogne va nous faire confondre corrélation avec causalité, deux évènement se succédant ne sont pas forcément liés.
  • L’illusion des séries va faire que l’on va percevoir des coïncidences dans des évènements aléatoires.

Un fermier conduisant son champ en biodynamie va effectivement et en toute honnêteté voir ses salades plus grosses lors des lunes ascendantes, de même pour ses patates. Il est possible qu’il soit soumis à ces biais cognitifs particuliers.
La vraie question serait en fait : a-t-il pris en compte le hasard ou a-t-il rapporté le nombre des grosses salades au nombre total de salades de son champ, et est-ce que sans la lune ascendante ses salades sont-elles aussi grosses ?

 

C’est pour cela que la méthode scientifique, accorde peu d’importance à un témoignage, fusse-t-il le plus honnête.
Bien sûr la science ne permet pas de répondre à toutes les questions, et elle n’a pas prétention de le faire. Néanmoins elle permet d’avoir une méthode efficace qui passe au-dessus des biais cognitifs individuels.

Comme le disait Bernard Le Bouyer de Fontenelle,

Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point.

 
Bernard le Bouyer de Fontenelle (source wikipedia)

En clair avant de chercher comment ça marche, voyons voir si ça marche.

 
Par exemple, les dilutions des préparations biodynamiques sont semblables aux dilutions homéopathiques, voyez plutôt : 
On dilue donc 100 grammes de bouse de corne dans 35 Litres d’eau. Un hectare étant équivalent à 10 000 m², 100 grammes divisés par 10 000 m² nous donne donc 10 milligrammes de bouse de corne pour 1 m².
Une petite comparaison parlante, la quantité de sucre et/ou de farine à mettre dans certains gâteaux s’approche des 100 grammes. Ici la même quantité est épandue sur une surface plus grande qu’un stade de foot.
 
Autre exemple : on prend maintenant 4 grammes de silice de corne pour 35 Litres d’eau de pluie. Un hectare étant toujours équivalent à 10 000 m², 4 grammes de silice de corne par 10 000 m² nous donne 0,4 milligrammes de silice de corne pour 1 m² de terrain.
Si je reprends maintenant une comparaison culinaire, disons que cette fois on utiliserait moins de la moitié d’un sachet de levure chimique qu’on épandrait sur l’équivalent d’une surface plus grande qu’un stade de foot.

A noter que l'homéopathie, bien que controversée, n'a jamais fait preuve d'efficacité (voir iciiciici et ici en anglais).

Rudolf Steiner l'a bien dit lors du Cours aux Agriculteurs, « […] pour moi voici ce qu’il en est : les vérités de la science de l’esprit sont vraies par elles-mêmes. On n’a pas besoin de prouver leur vérité par d’autres faits, par des méthodes extérieures. »

On passera sur le fait que ces paroles ressemblent à s'y méprendre aux paroles d'un prédicateur, selon Steiner, ses paroles sont vraies d'elles mêmes, on ne doit donc pas les tester.

La question de l'efficacité de l'agriculture biodynamique a tout de même été posée et investiguée par la communauté scientifique.