Et la science derrière la biodynamie ?  

La cristallisation sensible

Le propre de la méthode scientifique est de pouvoir être universelle et pour cela elle doit développer des outils fiables pour rendre compte de la réalité (observable ou non). Ces outils sont mis au point de telle manière que n’importe quel utilisateur aguerrit ayant les connaissances requises puisse tirer les mêmes conclusions qu’un autre utilisateur à l’autre bout du monde et qui possède les mêmes connaissances.

Aujourd'hui, il existe en biodynamie deux méthodes qui s'apparentent le plus à des outils scientifiques d'analyse : la cristallisation sensible et la morphochromatographie.

On parlera d'abord uniquement de la cristallisation sensible qui est la méthode la plus utilisée. Elle a été mise au point en 1925 par Ehrenfried Pfeiffer sous les conseils de Rudolf Steiner.
Exemple de cristallogramme, photo tirée de wikipedia en CC BY-SA 3.0

La méthode est la suivante :

Une goute du produit à tester (échantillon de sol ou de vin par exemple) est déposé sur une boite de pétri contenant une solution de chlorure de cuivre (à une concentration de 10 %).
En fonction des forces du produit à tester (c.-à-d. les composants et additifs), la cristallisation par évaporation va permettre d’obtenir trois zones : le centre avec les vacuoles qui correspondrait à la fleur et à la formation du fruit, le champ médian qui correspondrait à la tige et au développement foliaire et la périphérie qui correspondrait à la germination et au développement radiculaire (le tout est très bien expliqué sur le site "cristallisation sensible").
 

Qu'en penser ?

Selon le rapport Méthodes Globales d’Analyse de la Qualité de l’ITAB (Institut de l’Agriculture et de l’alimentation Biologique) en 2009, Marie Françoise Tesson, une biodynamiste reconnue, affirme qu’il est nécessaire d’avoir réalisé des milliers d’analyses pour pouvoir interpréter correctement une image. Dans ce type d’approche consistant à interpréter des images, l’expérience de la personne est certainement le principal critère pour obtenir un résultat de qualité.

Un rapport de Philippe Cottereau de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) intitulé Intérêt des méthodes "globales" ou "holistiques" pour l’évaluation de la qualité des vins conclut en 2016 après quatre ans de recherche : « Il n’est pas possible de confirmer que cette méthode apporte une assurance au niveau de la répétabilité des résultats. Et dans les cas les plus favorables, il n’a pas été possible de faire des liens avec les informations fournies par les indicateurs classiques, viticoles ou œnologiques. »

On peut également noter que certains biodynamistes comme Pierre Masson se détachent volontiers de cette méthode, comme il l'explique dans cet article sur le Cosmophore : "Il faut rappeler que Demeter, ni en France ni au niveau international, n’a reconnu officiellement la méthode des cristallisations sensibles comme moyen de preuve. Un des problèmes majeurs est la faible reproductibilité des images de cristallisation réalisées par la plupart des laboratoires de cristallisations. Ceci jette un doute sérieux sur la capacité discriminante des méthodes employées pour certains échantillons et certaines substances." Cosmophore dont le prix a été présenté dans la partie Le prix de la biodynamie.

M. P.-G. David, docteur en physique disait en 2009 dans un article d'Antonin Iommi-Amunategui pour Vindicateur : "Les acteurs de la cristallisation sensible ont une rigueur indéniable. La technique est claire et les résultats expérimentaux nombreux et répétés. Il y a cependant un problème de fond : si leur instrument est très précis, ils ne savent pas ce qu’ils mesurent. La raison pour laquelle les cristaux forment tel ou tel motif n’est pas documentée. Ces biodynamistes décident alors d’attribuer aux motifs une valeur de qualité du produit, mais c’est là précisément qu’ils décrochent avec la démarche scientifique : on ne décide pas du sens de résultats expérimentaux. Je peux moi-même décider à tout moment que le nombre de voitures bleues (qui varie selon de nombreux facteurs) croisées dans la rue détermine ma chance ce jour-là, mais ni la notion absolue de chance, ni le lien entre mesure et résultat ne fait sens dans ce cas, scientifiquement parlant. Le lien de causalité – de cause à effet – qui doit être mis au jour dans toute expérience si elle veut obtenir un crédit scientifique est rompu dans la cristallisation sensible. Rien n’empêche, en revanche, de croire qu’elle est une mesure directe de la qualité.”
Il est étonnant que certaines recherches concernant les domaines de la biodynamie et de la médecine anthroposophiques utilisent toujours de nos jours une méthode non-robuste et non validée par la communauté scientifique comme vous pouvez le voir ici : 
D'après Fritz et al, Quality characterisation via image forming methods differentiates grape juice produced from integrated, organic or biodynamic vineyards in the first year after conversion, Biol. Agric. Hortic., vol. 33, no 3, p. 195‑213, juill. 2017.

On peut se poser la question de la fiabilité d’une telle méthode qui dépendrait plus de l’expérimentateur (soumis à ses propres biais) qu’à l’outil lui-même. Au contraire de la méthode scientifique qui s’appuie sur des mesures, des statistiques, des écarts-types, s’affranchissant au maximum des biais individuels, comme mentionné dans la partie : Considérations scientifiques générales.